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 L’esprit du viniyoga

Le terme “viniyoga” appartient au yoga classique. On le retrouve au sixième aphorisme du troisième livre des Yoga-Sûtra de Patañjali.

Dès le début du troisième livre, Patañjali avait introduit les notions de concentration, de  méditation, d’intégration et de démarche les reliant.

La démarche consiste à choisir un objet de méditation, à fixer intensément son attention sur celui-ci et à s’exercer avec grande application et régularité. Esprit de recherche et de lâcher-prise doit également caractériser la démarche.

Cet exercice produit une grande clarté en relation à l’objet choisi. Le temps aidant, l’objet de méditation est de mieux en mieux intégré.

C’est directement à la suite de cet enseignement que vient l’aphorisme sur le viniyoga, qui précise que le choix de l’objet de méditation doit se faire avec un grand soin. Au moment de choisir une direction pour la pratique, il importe de réfléchir et de tenir compte des “niveaux”, c’est-à-dire d’un certain nombre de paramètres.

Vers les années 1980, en Inde, le professeur T. Krishnamacharya précisait que la notion de viniyoga devait être appliquée à la pratique des âsanas et du prânâyâma. Il voulait, à ce moment de l’histoire de son enseignement, insister avec force sur l’importance d’une juste application des techniques psychosomatiques du yoga à chacun, en tenant compte d’un certain nombre de considérations individuelles. On lui doit la formule célèbre : “Ce n’est pas la personne qui doit s’adapter au yoga, mais le yoga qui doit être ajusté à chaque personne.”

Quelques années plus tard, en 1983, naissait la revue Viniyoga de langue française et, presque aussitôt après, les divers mouvements d’enseignants et associations nommés d’après ce terme, tout cela à l’instigation de T.K.V. Desikachar, fils et disciple de Krishnamacharya.

Il était en effet de première importance de s’assurer d’une application adéquate du yoga aux adeptes occidentaux, si différents des Indiens, physiquement, culturellement et à bien d’autres égards. Cette idée de prendre en considération, avec beaucoup de soin, toute une série d’éléments avant de donner un enseignement est donc essentielle pour la transmission du yoga en Occident.

Le viniyoga donne donc une direction : pour que la discipline porte tous ses fruits, il est indispensable de choisir les techniques appropriées, ce qui implique une attention sans cesse renouvelée.

Sur un plan pratique, le viniyoga consiste à prendre en considération la personne : âge, sexe, santé, constitution, profession, habitudes de vie, sensibilité, aspirations, faiblesses, croyances...

Le yoga a commencé à se développer en dehors de l’Inde vers les années 1970. D’emblée il y eut un réel engouement pour cette vision du monde venue de l’Orient. Bien des choses se sont passées depuis. Les Occidentaux qui ont étudié et assimilé les principes du yoga doivent maintenant faire leur travail de façon correcte, honnête, responsable et autonome.

Dans l’esprit, s’il reste profondément reconnaissant envers ses sources, le viniyoga est indépendant de tout pouvoir, en d’autres termes, il est opposé à l’esprit de secte.

Comme le disait le professeur Krishnamacharya lui-même, il y a plus de trente ans déjà, les enseignants de yoga devraient réexaminer leur pratique et leur étude du yoga de façon régulière et corriger leurs erreurs paisiblement et sans vanité. Ils devraient également produire de bons textes tout en respectant et honorant la tradition vivante à laquelle ils appartiennent.

C’est ce que le mot viniyoga signifie vraiment le mieux pour moi aujourd’hui. »

Claude Maréchal

 
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